Recyclage textile – quoi retenir du Textile Recycling Expo 2026?

Plusieurs membres de notre équipe étaient présents à Charlotte, en Caroline du Nord, pour la première édition du « Textile Recycling Expo ». L’opportunité de s’informer sur l'évolution rapide des politiques, des technologies émergentes et de la demande en hausse des consommateur(rice)s pour le sujet. Au-delà de la thématique du recyclage au cœur de l’événement, les échanges ont également permis de mettre en lumière les nombreux enjeux liés à sa mise en œuvre, notamment la collecte des vêtements usagés, leur tri, leur catégorisation, leur manutention ainsi que les différentes étapes de leur transformation et revalorisation vers de nouveaux débouchés.

 

Le numérique, un levier pour les étapes de prérecyclage

 

Le numérique, l’infonuagique et même l’intelligence artificielle s’invitent dans les processus de collecte, de catégorisation des vêtements et de tri par composition. Un exemple de ces innovations est une table de tri présentée par l'un des exposants du salon. Cette table utilise des capteurs infrarouges, différents types de caméras et une balance pour récolter plusieurs données clés sur les vêtements. Des informations telles que l’état, la propreté, la marque, de type, le poids et la composition du vêtement peuvent être récoltées en quelques secondes seulement. Cet équipement est intéressant pour les acteurs de la seconde main, car il permet, au moment du tri visuel réalisé sur les produits avant leur remise en vente ou détournement, de venir collecter et enregistrer des données. Ces données permettent ensuite de générer des statistiques et de supporter des décisions telles qu’un prix de revente, mais aussi de potentielles voies de revalorisation. 

 

Ainsi, ce type d'innovation et d'équipement démontre l’importance d’intensifier la transformation numérique de l’industrie afin de mieux exploiter le potentiel des données et d’optimiser les activités en aval de la chaîne de valeur mode-habillement.

 

Salon recyclage textile Charlotte - États-Unis - table numérique

 

Améliorer les pratiques, des fins de rouleaux aux cartes d’échantillons textiles 

 

L’une des autres organisations marquantes que les membres de notre équipe ont rencontrées est Fabscrap, qui est située à New York. Cette organisation récolte les rejets de l’industrie de la mode dans le but de leur trouver des repreneurs. 

 

Parmi ces rejets, les fins de rouleaux constitués de faibles métrages peuvent être revendues à des particuliers pour des projets personnels. L’objectif : revaloriser le textile déjà produit et limiter la demande et la pression sur les matières vierges.  

 

Au Québec, l’entreprise Core Fabrics propose une offre similaire aux consommateur(rice)s en leur permettant d’acheter des fins de rouleaux provenant de grossistes de confiance ou de créateur(rice)s de mode indépendant(e)s. L’entreprise dispose également d’une offre B2B destinée aux créateur(rice)s et aux petites entreprises.

 

Un autre exemple d’initiative portée par Fabscrap et qui est intéressante pour les entreprises de mode : la récolte des petites cartes d’échantillons textiles aussi appelées « Fabric Header » ou « Swatch » pour leur trouver des voies de revalorisation par des processus de recyclage. Pour être recyclés, ces échantillons textiles, habituellement utilisés lors de la phase de développement de produits, doivent être dissociés du carton qui les soutient et triés par composition. Or, les différentes formes et assemblages de ces échantillons donnent du fil à retordre à l’organisation Fabscrap et c’est pour cette raison que celle-ci a créé un guide pour orienter l’industrie vers de meilleures pratiques : Smarter Swatches & Swatch Recycling | FABSCRAP (ressource disponible en anglais). 

 

Cette approche illustre concrètement que des impacts en bout de chaîne peuvent être générés lorsque les pratiques en amont évoluent et intègrent des principes de circularité dès les premières étapes du développement de produits. L’initiative souligne aussi qu’au-delà de l’écoconception du produit lui-même, de meilleures pratiques sont activables dans les opérations entourant le développement de produits.

 

L’«upcycling» ou le «suprarecyclage»

 

Parmi les stratégies de circularité disponibles pour prolonger la durée de vie des vêtements, l’«upcycling» ou autrement appelé «suprarecyclage» consiste à utiliser des composants de produits existants pour créer d'autres produits présentant une valeur, une qualité ou des fonctionnalités supérieures à celles des composants d'origine (définition de l’Office québécois de la langue française). La compagnie Bank and Vogue a créé des sacs fourre-tout (tote bag) à partir de denim post-consommation qui ont été offerts aux visiteur(se)s par le salon pour son inauguration. Ce type d’initiative souvent observée à petite échelle est la spécialité de l’organisation Bank and Vogue qui tente d’amener l’idée plus loin, à travers des partenariats et des projets à plus grande échelle.

 

Des procédés de recyclage multiples 

 

Plusieurs compagnies utilisant ou offrant des solutions de transformation mécanique, chimique, biologique ou thermomécanique étaient présentes pour présenter ces processus innovants. L’étape de déstructuration de la matière se retrouve dans tous les processus de recyclage et dans le cas des textiles, les compositions, la présence d’impureté et la disparité des items à recycler font partie des facteurs qui complexifient la tâche. Chacune des grandes catégories de déstructuration citées plus haut a aussi des sous-catégories de méthodes, de gisements et de technologies créant une panoplie de possibilités et d’opportunités pour le recyclage des vêtements. 

La responsabilité élargie du producteur, concept d’actualité  

 

Plusieurs conférences ont eu lieu pour amener une meilleure compréhension de différents concepts tels que la responsabilité élargie du producteur (REP). Cette approche politique implantée dans certains états comme la France et la Californie se définit comme « un principe selon lequel les entreprises qui mettent sur le marché des produits sont responsables de leur gestion en fin de vie » (Recyc-Québec, 2026). Des systèmes de REP sont déjà en place pour d’autres secteurs que celui de la mode au Québec et imposent aux entreprises de ces secteurs soit de mettre en place un programme de récupération et de valorisation des produits qu’elles mettent en marché, ou qu’elles soient membres d’un organisme de gestion reconnu (OGR) qui le met en œuvre pour elles. 

Ces politiques, souvent complexes à mettre en place, visent d’abord à augmenter la viabilité économique du recyclage, mais doivent prendre en compte les solutions déjà implémentées et les activités déjà mises en œuvre par les acteur(rice)s de l’économie sociale et solidaire. Elles passent également par la mise en avant de la réduction à la source, du réemploi et du recyclage. Des politiques de REP se construisent dans plusieurs pays et il est important pour notre équipe de prendre connaissance des retours d’expérience qui se dégagent à la suite de leur mise en place. 

 

Finalement, différents panels de discussion ont permis de mettre de l’avant plusieurs constats intéressants en lien avec la réutilisation et le recyclage.

 

Le besoin de développer la demande en matière recyclée

 

Le premier constat mentionné par plusieurs acteurs des filières de recyclage concerne la présence d’une grande quantité de dons de matières sous forme de retailles, de vêtements en fin de vie, d’échantillons pour trop peu de repreneurs prêts à s’approvisionner en matière recyclée. Bien que le recyclage textile bénéficie d’une popularité grandissante, trop peu d’organisations utilisent de la matière contenant des fibres recyclées. 

 

Les enjeux économiques autour du recyclage des vêtements

 

La viabilité économique du recyclage vestimentaire a fait l’objet de nombreuses discussions pendant le salon. Les initiatives de recyclage nécessitent souvent de multiples étapes de transformation, l’intégration de différentes technologies ainsi qu’une expertise spécialisée, ce qui peut rendre les matières recyclées moins compétitives sur le plan économique que les matières vierges. Cette réalité peut également être amplifiée par le soutien accordé à certaines matières vierges issues de la pétrochimie, ce qui contribue à maintenir des coûts particulièrement compétitifs et accentue les défis économiques auxquels font face les matières recyclées. En revanche, la performance des fibres recyclées réussit à augmenter considérablement grâce aux avancements technologiques de tri par composition, de retrait de points durs et de déstructuration de la matière. 

 

En conclusion, notre équipe était fière de faire partie des acteurs mobilisés lors de l’événement et de participer aux échanges qui y ont eu lieu. 

 

Face aux enjeux croissants liés à la gestion des vêtements en fin de vie, Vestechpro accompagne les acteur(rice)s de la filière dans le développement de solutions concrètes favorisant une approche plus circulaire de la mode et de l’habillement.

 

Auprès des entreprises de mode, notre équipe soutient l’implantation de meilleures pratiques visant à améliorer, entre autres, la durabilité, la réutilisabilité et la recyclabilité des produits. Nous proposons également des activités de formation et d’accompagnement permettant aux équipes de mieux comprendre et d’intégrer les principes de l’économie circulaire appliqués au secteur de la mode et de l’habillement et à même leurs opérations de développement de produits, d’approvisionnement, de production et leur communication environnementale. 

 

Nous collaborons aussi avec des acteur(rice)s de la seconde main et de la revalorisation, notamment des organismes et entreprises comme Renaissance, sur des projets liés à la réutilisation, à la revalorisation des produits vestimentaires ainsi qu’aux étapes préalables au recyclage des matières textiles.

 

Par ailleurs, bien que Vestechpro dispose d’équipements de recyclage textile, ceux-ci ne sont pas destinés au traitement à grande échelle des textiles issus des consommateur(rice)s.

 

Ces équipements sont principalement utilisés dans le cadre de projets de recherche, d’expérimentation et de validation menés avec des organismes de seconde main, des repreneur(euse)s potentiel(le)s, des municipalités et différents partenaires de l’écosystème.

 

Envie d’engager la discussion avec nous sur ce sujet : contactez notre équipe

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